Et si vous arrêtiez de donner des conseils pendant 7 jours ?
À vouloir montrer le chemin, on oublie parfois de demander à l’autre où il souhaite aller. « Tu devrais lui parler. » « À ta place, je ferais… » « Tu sais ce que tu devrais faire ? » Ces petites phrases, avec les meilleures intentions du monde, nous les prononçons parfois sans même y penser. Au détour d’une conversation, face à un collègue en difficulté, un proche qui se confie ou un ami qui hésite.Nous voulons aider, rassurer, trouver une solution. Nous pensons avoir compris le problème et, parfois, nous sommes même convaincus de connaître la réponse. Mais si notre envie d’aider nous empêchait parfois d’écouter ?
Nous vous proposons une petite expérience ou plutôt un défi : 7 jours sans donner de conseil. AUCUN, NADA !
Pourquoi avons-nous autant envie (besoin?) de conseiller ?
Quand quelqu’un nous confie une difficulté, notre premier réflexe est souvent de chercher une solution. Une envie toute naturelle d’aider, de rassurer ou d’épargner à l’autre une erreur ou une souffrance. C’est profondément humain, mais aussi, peut-être, le reflet de notre société dans laquelle nous valorisons davantage celui qui apporte des solutions que celui qui prend le temps d’écouter. Une société de l’action.
A garder à l’esprit qu’il y a une différence, pas si simple à appréhender, entre aider quelqu’un à trouver son chemin et lui indiquer celui que nous aurions choisi – et ce même en commençant votre phrase par: si je me mets à ta place. Car on ne peut jamais vraiment se mettre à la place de quelqu’un.
Même pertinent, un conseil repose sur notre propre expérience, nos valeurs, nos croyances et notre manière de comprendre la situation (par rapport à ce que nous à partager la personne, en omettant parfois quelques détails).
Conseiller, est-ce toujours aider ? La question ouverte
Imaginez. Votre collègue Paule vous raconte qu’elle ne se sent plus à sa place dans son équipe. Que c’est complexe. Votre première réaction pourrait-être: « Tu devrais en parler à ton responsable. » Sans doute judicieux, et sûrement bien intentionné, ce conseil est-il pour autant pertinent ?
Que savons-nous réellement de ce qu’elle traverse ? De ses craintes ? De ses besoins ? De ce qu’elle a déjà tenté ?
Partant et si, au lieu de proposer immédiatement une solution, nous lui demandions : « Qu’est-ce qui te fait ressentir cela ? » Ou encore : « De quoi aurais-tu besoin pour te sentir mieux dans cette équipe ? » La conversation pourrait prendre une tout autre direction. Une question ouverte ne cherche pas à décider pour l’autre ; elle lui permet d’explorer sa propre expérience.
Le défi : 7 jours pour écouter autrement. Comment faire ?
Pendant une semaine, nous vous invitons à observer vos réflexes. Chaque fois qu’un conseil vous vient à l’esprit et qu’il tente, de votre tête, à directement sortir via votre bouche, retenez-le et essayez de le transformer en question. Concrètement, quelques exemples :
- « Tu devrais lui parler. » devient « Qu’aimerais-tu pouvoir lui dire ? »
- « Ne t’inquiète pas ! » devient « Qu’est-ce qui t’inquiète le plus ? »
- « À ta place, je… » devient « Quelles possibilités vois-tu ? »
- « Tu devrais prendre du recul. » devient « Qu’est-ce qui pourrait t’aider à y voir plus clair ? »
- « Moi, je ne laisserais pas passer ça ! » devient « Comment aimerais-tu réagir à cette situation ? »
Et puis, il existe une autre possibilité, souvent sous-estimée : ne rien dire. Non par indifférence, mais pour offrir à l’autre un silence habité de présence. Se retenir de parler, laisser une respiration, un espace où l’autre peut poursuivre sa pensée, à son rythme. Celui qui se confie n’attend pas toujours une solution. Parfois, il cherche simplement une oreille attentive, une présence silencieuse et le souhait d’être pleinement entendu.
Et si vous n’y arrivez pas ?
Ce n’est pas grave, et très intéressant. Et alors, que se passe-t-il ? Une certaine impatience ? Difficile de ne rester que dans une écoute sans bruit de fond dans votre mental ? Ou exprimé autrement: difficile de rester présent sans chercher immédiatement à résoudre.
L’objectif n’est pas de réussir parfaitement. Il est de prendre conscience de nos automatismes. Et bien sûr, certains conseils sont utiles, nécessaires, parfois même indispensables. Ce défi ne consiste pas à refuser d’aider, notamment lorsqu’une personne demande explicitement une information ou se trouve en danger. Il s’agit plutôt d’élargir notre manière d’être en relation.
Ce que cette expérience pourrait changer
En donnant moins de conseils, vous pourriez peut-être découvrir que certaines personnes ont déjà leurs propres réponses. Que d’autres ont surtout besoin de temps pour mettre des mots sur ce qu’elles vivent. Et que parfois, une question posée ouvre une réflexion que nous n’aurions jamais imaginée.
Vous pourriez également découvrir quelque chose sur vous-même.
Pourquoi ai-je autant besoin d’apporter une solution ? Qu’est-ce que je ressens lorsque je ne peux pas aider immédiatement ? Suis-je réellement à l’écoute, ou déjà en train de préparer ma réponse ? Et ce besoin de donner conseil concerne t-il tout le monde, ou un type de personne…
Autant de questions qui nous invitent à explorer notre posture, notre relation à l’autre et notre propre manière de communiquer.
Alors, vous relevez le défi ?
Essayez, observez et racontez-nous. Qu’avez-vous découvert ? Qu’est-ce qui vous a semblé difficile ? Avez-vous vécu une conversation différente de celles dont vous avez l’habitude ?
Partagez votre expérience avec nous : info@emancipe.be
Ce défi est tiré du premier numéro d’EMANCIPE MAG, notre magazine gratuit consacré aux relations humaines, à la connaissance de soi et aux multiples façons de grandir, individuellement et collectivement: https://www.emancipe.be/emancipemag/



















