Je doute donc je fuis. Il est là, tapis dans l’ombre. Il se nourrit de vos peurs, de votre manque de confiance en vous. Il vous fait croire que vous êtes un imposteur, que vous n’êtes pas à la hauteur, que vous n’êtes pas légitime ou à votre place. C’est le critique intérieur ou la voix du doute. Comment accueillir cette voix ? Comment l’apaiser ? Comment s’en faire un allié ? Comment avoir confiance ?

Le doute et l’incertitude

Connaissez-vous cette litanie ? “Je ne suis pas prêt. Il me faut encore un peu d’expérience avant d’y aller, concrètement.” Face à la nouveauté et au changement nous doutons et nous hésitons à nous lancer. Y aller c’est se confronter au réel, c’est sauter dans l’inconnu, c’est perdre un soupçon de contrôle. Pouvons-nous réellement être prêts ? Pouvons-nous ne pas douter ? Pouvons-nous avoir une confiance innée en nous ?

“Tout corps traîne son ombre et tout esprit son doute,” Victor Hugo

L’intention positive du doute est de nous protéger d’éventuels échecs. Nous échafaudons ainsi maintes stratégies pour parer à toutes éventualités, nous anticipons tous les scénarios possibles et inimaginables qui pourraient se réaliser. Certes, notre imagination est débordante, mais pas infaillible. Il faut parfois douter du doute, le questionner et le raisonner. On ne peut pas tout prévoir ; le monde est bien trop complexe et incertain. Mieux vaut donc chérir l’incertitude, l’accueillir et ne pas la refouler.

Gagner en confiance en soi exige une métamorphose intérieure,” explique le philosophe Charles Pépin et de rajouter: “nous devons nous ouvrir en profondeur à l’acceptation de l’incertitude. Cette ouverture est difficile parce que nous utilisons habituellement notre intelligence pour limiter l’incertitude. C’est en cela que nous avons besoin d’une philosophie, peut-être même d’une sagesse. (…) Il restera toujours de l’incertitude. Mais nous pouvons changer la manière dont nous l’accueillons. C’est le déni qui nous épuise, nous angoisse.

“Si la certitude est plus apaisante, le doute est plus noble,” Salämah Müssa

Comme le clamait le philosophe Alain:”Le secret de l’action, c’est de s’y mettre“. Concrètement, la recette de “s’y mettre” est un savant dosage composé: d’une pincée de doute, d’un soupçon de confiance en la vie et de courage. Dernier ingrédient à manier avec précision: soyez courageux, mais pas téméraire. Et qu’est-ce que le courage ? Le point d’équilibre ou le juste milieu entre la lâcheté (est lâche celui qui n’y vas pas, qui fuit) et la témérité (est téméraire celui qui fonce sans mesurer le risque, sans réfléchir)

Avoir confiance en soi, ce n’est pas être sûr de soi. C’est trouver le courage d’affronter l’incertain au lieu de le fuir. Trouver dans le doute, tout contre lui, la force de s’élancer,” explique le philosophe Charles Pépin.

Doute et confiance en soi: ce qu’il est préférable de ne pas faire

Si nous voyons un(e) ami(e) / un proche / un(e) collègue en proie au doute, nous sommes souvent enclins à penser que notre rôle est de l’encourager, de le complimenter, de le réconforter: “Tout se passera bien. Tu es compétent. Tu en es capable. Je crois en toi.

Comme l’explique Tara Sophia Mohr, spécialiste en matière de leadership et de bien-être des femmes, dialoguer avec le critique intérieur est une pure perte de temps. Pourquoi ?

  • Ce type de réconfort est rarement convaincant. La vision du critique intérieur n’est pas fondée sur des faits, mais sur un ressenti, sur un sentiment de vulnérabilité et une crainte exagérée de l’échec. Entendre quelqu’un d’autre affirmer: “mais non, tu es parfait pour ça” est sans effet sur ces peurs sous-jacentes. Cela peut même aggraver le stress ressenti face au syndrome de l’imposteur: Personne n’a l’air de se rendre compte que je n’ai vraiment aucune idée de ce que je fais. Ils comptent tous sur moi, ils pensent que je vais m’en sortir, alors que je vais droit dans le mur.
  • Si vous encouragez vos collaborateurs à surmonter leurs doutes à l’aide de compliments et de paroles réconfortantes, cela implique que vous, ou une personne telle que vous, soit présente auprès d’eux. Vous leur donnez du poisson sans leur apprendre à pêcher (…) Vous ne leur expliquez pas de quelle façon ils peuvent gérer eux-mêmes leurs doutes.

Doute et confiance en soi: ce qu’il est préférable de faire

Il est préférable d’orienter la discussion sur le manque de confiance en soi, d’exposer les raisons pour lesquelles chacun de nous y est confronté un jour ou l’autre. Que c’est n’est pas a-normal.
En d’autres termes, comme le résume Tara Sophia Mohr,

  • Vous pouvez expliquer le concept de critique intérieur, aussi dénommé syndrome de l’imposteur ou voix du doute ou monkey mind. Expliquer que c’est une voix tapis en chacun de nous, qui ne reflète nullement la réalité et qui sous-estime nos capacités de façon stressante et irrationnelle.
  • Vous pouvez demandez aux personnes qui en souffrent d’entamer une réflexion sur la gestion de leur critique intérieure.” Objectif: que chacun gère mieux ses croyances limitantes et leur manque de confiance en eux. “Être prêt à endosser de nouvelles responsabilités ne dépend pas d’une confiance en soi innée, mais plutôt de notre capacité à gérer nos appréhensions.

Ayez à l’esprit que le critique intérieur se nourrit de vos peurs. Vous pouvez décider de l’entendre continuellement et le laisser guider vos vies. Ou vous pouvez l’écouter attentivement, le rassurer (j’ai bien conscience des implications de ma décision, merci de m’avertir du danger), abaisser sa voix, l’apaiser, l’apprivoiser et vous orienter vers des décisions, ainsi, plus rationnelles (donc moins émotionnelles). Attention ! Plus rationnelles ne veut pas dire que tout se passera bien.

Il faut aussi accepter que la confiance en soi s’articule autour de deux éléments: la maîtrise et l’abandon, comme le souligne Charles Pépin.

  • La maîtrise signifie qu’il faut connaître un minimum sa matière: c’est le savoir, le savoir-faire et la compétence
  • L’abandon, parce que la vraie confiance consiste à répéter un savoir-faire pour savoir aller au-delà. Comme la vie est faite d’imprévus, le rôle de la confiance: “c’est de compenser l’impuissance de l’entendement par la puissance de la volonté.

Vous avez calmé votre doute ? Vous avez confiance ? Maintenant vous pouvez sauter dans l’incertitude de votre décision et accueillir ce qui arrivera…

Choisir ou décider, ce n’est pas la même chose

“En réalité, on sait seulement quand on sait peu. Avec le savoir augmente le doute,” Johann Wolfgang von Goethe

AVT Charles Pepin

Pour Charles Pépin: “Choisir, c’est se reposer sur des critères rationnels. Décider, c’est compenser l’insuffisance de ces critères par l’usage de sa liberté. Choisir, c’est savoir avant d’agir. Décider, c’est agir avant de savoir. (…) Dans notre pratique professionnelle, nous parlons souvent à tort de décisions alors qu’il ne s’agit que de choix. Lorsque nous n’avons qu’à nous fier au bon sens ou à un tableur Excel, lorsque nous n’avons qu’à respecter les habitudes ou les process, nous n’avons, au sens propre, rien à décider. La question de la décision se pose lorsque nous avons épuisé les ressources de notre raison et qu’une part d’incertitude demeure. Si nous ne pouvons être sûrs que notre choix sera le bon, alors nous sommes face à la nécessité de prendre une décision -du latin decidere,”couper”, trancher. C’est parce que nous ne “savons” pas qu’il faut décider !

Qu’est-ce que la confiance ?

Pour Charles Pépin, la confiance repose sur trois piliers.

  • La confiance en l’autre: nous prenons confiance dans le regard des autres. “Double manière de donner confiance: d’abord mettre en confiance, ensuite faire confiance. D’abord sécuriser, ensuite “insécuriser” un peu. Nous avons besoin des deux pour nous aventurer dans le monde.
  • La confiance en ses capacités, en ses compétences: c’est-à-dire la technique, la répétition (s’entrainer, faire encore et encore).
  • La confiance en un tout plus vaste: la vie, la nature, le cosmos, l’univers, etc. Dans toute confiance en soi, il y a une forme de confiance tout court. La confiance. Et c’est la vraie confiance. On ne sait pas en quoi, mais on sait qu’on y croit. Cela peut être Dieu, la vie, la beauté, la chance, la nature, le cosmos… “Mais au fond, si on est délivré de la crispation volontariste et du fait de réduire la confiance en soi à l’affaire d’une pure maîtrise personnelle, on va éprouver cette confiance en la vie. On est né un jour, on a été confié au monde, donc on ne peut pas ne pas avoir en retour une confiance minimale en ce monde, à savoir : c’est le mien, c’est ma maison, j’habite ce monde.”

Le rôle de l’admiration

Pour Charles Pépin, la confiance passe aussi par la connaissance de soi: “Si nous savons qui nous sommes, si nous connaissons notre désir, si nous savons où nous allons, nous ne perdons pas confiance.” Ce qui n’est pas toujours aisé à faire.

Dans son ouvrage “Malaise de la civilisation“,  Freud disposait – comme le raconte Pépin – “qu’une société se construit sur le renoncement des individus à leur singularité. Pour qu’il y ait société, il faut avant tout de la norme. D’où le malaise: les individus sentent bien que cette norme triomphe au mépris de leurs singularités.” Afin de trouver notre singularité, Pépin souligne alors le rôle de l’admiration. “Admirer, ce n’est pas vénérer, ce n’est pas s’oublier dans la contemplation du talent de l’autre. C’est se nourrir. Prendre exemple sur ceux qui ont osé suivre leur étoile pour entreprendre de chercher la sienne. Que nous dit leur exemple ? Qu’il est possible de devenir soi.

Nous avons effectivement oublié la vertu de l’admiration. Nous devrions être stimulés par des figures inspirantes et des mentors, et n’ont pas être écrasés par elles, comme le conseille Charles Pépin. Il faut ré-apprendre à admirer. La jeunesse a besoin d’admirer pour grandir, pour s’épanouir, pour croire, pour croitre, pour rêver. Admirez et imitez vos mentors. Prétendez avoir certaines de leurs capacités. Jouez ce rôle et endossez cette posture. Vous pensez qu’imiter n’est pas être authentique ? Rappelez vous que prétendre vient du latin tendere, qui signifie littéralement tendre à, se diriger vers et non pas simuler ou porter un masque.

A vous aventurer au-delà de vos inquiétudes, à vous faire confiance, à avoir confiance, à oser, à trouver le courage d’affronter vos doutes, vous élargirez votre répertoire, vos aptitudes, votre zone de confort ; alors vous n’aurez plus besoin d’imiter et vous deviendrez la personne que vous n’êtes pas encore (et que vous aspirez à devenir).

Sources:

  • Confiance en Soi, Harvard Business Review, editions Prisma, 2020, 158 pages
  • La confiance en Soi, Charles Pépin, éditions Allary, mars 2018, 212 pages