Jeux psychologiques : pourquoi ça dérape et comment reprendre la main (replay)
Bienvenue dans l’art d’apprendre à bien se disputer. On a tous vécu ce genre de situation: une discussion qui commence “normalement” et qui finit en tension, en malaise, ou en explosion. On ne sait pas exactement à quel moment ça a basculé, mais on sent qu’on a été “pris” dans quelque chose qui nous a aspiré. C’est précisément ce que l’Analyse Transactionnelle appelle les jeux psychologiques : des scénarios relationnels répétitifs, souvent invisibles sur le moment, mais terriblement efficaces pour créer des disputes, des confusions et des frustrations durables.
Dans cette conférence, Kalil-John Macé propose une lecture à la fois claire, vivante et très applicable : comprendre la mécanique des jeux, repérer les signaux, et surtout apprendre à en sortir.
C’est quoi, un jeu psychologique ?
“Un jeu psychologique, c’est une séquence comportementale répétitive et non consciente, qui se joue à deux ou plus, à travers des transactions cachées, et qui progresse vers un résultat final prévisible,” (définition d’Eric Berne, fondateur de l’Analyse Transactionnelle)
Dit autrement :
- ça se répète (même film, casting différent)
- ce n’est pas conscient (“je ne voulais pas ça, cependant ça arrive toujours”)
- il y a un sous-texte (un message caché, un non-dit)
- et à la fin chacun repart avec quelque chose, un bénéfice, même si c’est douloureux.
Aussi, et surtout : le jeu renforce des croyances sur soi, sur l’autre, ou sur la vie (“les gens sont comme ça”, “je suis toujours rejeté”, “on ne peut faire confiance à personne”…).
Comment un jeu démarre ? (spoiler : rarement par une insulte)
Un jeu psychologique commence souvent de façon très banale, par exemple :
- une promesse (“t’inquiète, je m’en occupe”) qui ne sera pas tenue
- une phrase à suspense (“il faut absolument que tu me rappelles…”)
- un sous-entendu ou un mal-entendu (“j’ai un truc à te dire, mais pas maintenant”)
Et là, quelque chose s’allume : une tension intérieure, une petite charge émotionnelle et le terrain devient devient de plus en plus glissant et nous amène inexorablement vers un jeu.
Kalil insiste sur un point essentiel : Tout dépend de la manière dont on répond à l’amorce. Parce que sans réponse, il n’y a pas de jeu.
La formule des jeux psychologiques
Pour comprendre ce qui se passe dans une dispute, l’Analyse Transactionnelle propose une formule à retenir, d’apparence indigeste et complexe, et au final très simple.
A + PF = R → C → Coup de Théâtre → BF
Que signifie cette formule ? On vous la décortique, lettre après lettre,
A = Amorce
Le joueur lance une invitation (souvent cachée) pour attirer l’autre dans le jeu.
PF = Point faible
L’autre accepte l’invitation parce que cela touche une vulnérabilité : besoin d’aider / besoin de critiquer / besoin de se plaindre / besoin d’être reconnu / ou…( à vous de compléter)
R = Réponse (les échanges s’installent)
Une série de transactions (ou d’échanges entre les personnes) se met en place. Tout semble “normal” en surface, mais le malaise grandit.
C = Changement / Switch
C’est le moment de bascule où les rôles s’inversent brusquement.
Coup de théâtre
Moment de confusion : “attends, là y a un truc qui ne va pas”.
BF = Bénéfice final
Les joueurs repartent avec leur “collection de timbres” émotionnels habituels : colère, culpabilité, tristesse, etc. Et leurs croyances se renforcent.
Pourquoi on joue ? (et pourquoi on y retourne)
Kalil énonce plusieurs raisons profondes (liste non exhaustive) :
- obtenir de la reconnaissance, même négative
- confirmer des croyances (“les autres sont injustes”, “je ne suis jamais choisi”)
- confirmer une position de vie (comment moi je me situe dans le groupe et avec les autres)
- éviter l’intimité : ne pas parler de ce qui compte vraiment
- et parfois simplement parce que ça structure le temps, parce qu’on s’ennuie et qu’on aime jouer.
Le triangle dramatique de Karpman : Victime / Sauveur / Persécuteur
Les jeux psychologiques sont intimement liés à une autre grille de lecture incontournable, que nous a développé dans une autre visioconférence Béatrice (cliquez-ici pour la revoir): le triangle de Karpman
- Victime : se plaint, se sent impuissante
- Sauveur ou sauveteur : veut aider (souvent sans demande)
- Persécuteur : critique, donne des leçons, attaque
Même si on pense être “la personne gentille”, dans un jeu, on passe souvent voir toujours par ces rôles.
Comment sortir d’un jeu psychologique ?
Pas une recette magique, juste des pistes, des points de vigilances.
1) Refuser le jeu
Sortir du jeu en ne s’y rendant pas.
Dire simplement :
“Ok.”
“Merci.”
“Je note.”
et passer à autre chose.
2) Faire des vraies demandes
Un jeu commence souvent là où il n’y a pas de demande claire. Sortir du jeu, c’est remettre de la clarté :
qu’est-ce qui est attendu ?
qu’est-ce qui est demandé ?
qu’est-ce qui est possible ?
3) Identifier ses points faibles
Un jeu se joue sur un point faible. Sans point faible pas (ou moins) de jeu. Connaître ses points faibles, c’est se laisser l’opportunité de ne pas en être esclave et se faire “dicter” nos comportements pas eux. C’est se laisser un espace de liberté intérieure, de choix: ok, on touche mon point faible, je le sais, et qu’est-ce que je fais maintenant ? En conscience.
4) Poser les bonnes questions
“Qu’est-ce qui se passe là, maintenant, entre nous ?” C’est une manière de dénoncer le jeu et de remettre du réel dans l’échange.
Conclusion : comprendre les jeux, c’est reprendre du pouvoir relationnel
Tant que les jeux psychologiques restent invisibles, ils tournent en boucle, s’intensifient, épuisent les relations et finissent parfois en rupture. Comprendre la formule, repérer l’amorce, identifier le switch, voir les rôles, etc.C’est déjà un changement majeur : on n’est plus condamné à rejouer la scène.
Jeux-Psychologiques by fabien.salliou
🎥 Le replay est disponible
Cette conférence est une belle porte d’entrée pour découvrir l’Analyse Transactionnelle appliquée au quotidien : en couple, en famille, en équipe, en réunion, etc.
En vérité, le replay est (bientôt) disponible : petit souci technique sur notre plateforme qui ne permet pas, encore, d’y mettre la vidéo.



















