Lorsque la réalité désavoue et condamne une prophétie: comment “les gourous” et « les adeptes », « les croyants », se comportent-ils ? La réponse: sans doute sortiront-ils encore plus convaincu que jamais de la vérité de leur foi. Explications.

Il n’est pas facile d’abandonner nos croyances, tout simplement parce que ces convictions, ces croyances font partie de notre identité. Donc en abandonnant ses croyances, on abandonne un peu une partie de nous-même et c’est très douloureux, Gérald Bronner, sociologue

Les croyances font partie de notre identité. Si elles tombent, même partiellement, c’est notre identité qui est remise en question, ébranlée – pour mieux se reconstruire, pour évoluer. Toutefois, ce renouveau, cette renaissance, cette adaptation ne se fait pas sans mal. Et parfois peine à se faire…

Une prophétie annonce la fin du monde en décembre 1954 – et derrière cette annonce œuvre une secte dirigée par Marian Keech (qui se pose comme étant la réincarnation de la Vierge Marie en contact télépathique avec le Messie extraterrestre Sananda, avatar de Jésus). Des sociologues, dont Léon Festinger le concepteur la théorie de la dissonance cognitive, s’intéressent à cette fin du monde annoncée.

L’homme de foi est inébranlable. Dites-lui votre désaccord, il vous tourne le dos. Montrez-lui des faits et des chiffres, il vous interroge sur leur provenance. Faites appel à la logique, il ne voit pas en quoi cela le concerne. Nous savons tous d’expérience ce qu’il y a de dérisoire à essayer de changer une conviction forte, surtout si l’adepte a engagé une partie de sa vie sur son expérience. Nous connaissons bien les défenses multiples et ingénieuses que les gens utilisent pour protéger leurs convictions et savons comment ils s’arrangent pour les maintenir intactes à travers les assauts les plus dévastateurs, Henry W. Riecken, Stanley Schachter, Leon Festinger, extrait du livre « L’échec d’une prophétie »

Arrive le jour J et rien ne se passe. Incompréhension et effroi de la part des membres de la secte: que se passe-t-il ? Deux scénarios sont possibles.

  • Le logique ou le raisonnable: tout était faux, je prends acte de ce fait, je réévalue mes croyances, etc.
  • Celui qui se joue chez la majorité des adeptes de la secte: trouver une explication, conforter la croyance de cette fin du monde.

C’est le phénomène de la dissonance cognitive. L’échec de la prédiction plonge les adeptes de la secte dans un profond état de « dissonance cognitive ». Comment faire entrer la réalité dans le moule de mes croyances. Comment distordre les faits pour qu’ils s’adaptent à ce que je crois. L’inconfort psychique entraîné par la non-survenu de l’évènement motive alors les croyants, déçus et désoeuvrés, à réduire leur dissonance cognitive en modifiant leurs idées, notamment.

Nous nous sommes trompées de dates suite à une fausse interprétation des signes reçus, nous portons trop de fer sur nous: retirons nos montres et nos bijoux…
Non ! En fait, nous avions raison. Oui, nous avions raison. Et nous avons réussi. Si rien ne s’est passé c’est que nous avons sauvé le monde.

L’ingéniosité de l’homme ne se borne pas à défendre sa foi (…) Supposons qu’on lui fournisse la preuve incontestable et sans équivoque du caractère erroné de sa croyance. Que se passera-t-il bien souvent ? Non seulement l’individu ne sera pas ébranlé, mais il en sortira plus convaincu que jamais de la « vérité » de sa foi. Peut-être ira-t-il jusqu’à montrer une ardeur nouvelle et à convertir des profanes, Henry W. Riecken, Stanley Schachter, Leon Festinger, extrait du livre « L’échec d’une prophétie »

A découvrir, cette intervention du sociologue Gérald Bronner: cliquez ici !

A lire, le livre L’échec d’une prophétie, par Henry W. Riecken, Stanley Schachter, Leon Festinger, ed. PUF, avril 2022

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